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Querelles dans le monde du cheval : acceptons de ne pas être d’accord22 min read

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Un cavalier orienté « classique » entame une discussion avec un cavalier de concours sur facebook… Comment ça, vous connaissez la fin ?

Le scénario est classique, se retrouve sur sur tous les réseaux sociaux comme IRL et comme dirait l’autre « ça n’a jamais participé à un débat sur le Rollkür et ça se dit cavalier ». Querelles et chicaneries entre cavaliers sur tel ou tel enseignement, telle ou telle pratique, tel ou tel façon d’en arriver à un mouvement ou à un autre : voilà le lot du monde équestre aujourd’hui.

J’ai le plaisir de vous présenter ma traduction d’un article de Marijke de Jong, fondatrice de Straightnesstraining.com, enseignante à l’international et sur internet. Présente sur la toile depuis longtemps, elle a des billes pour traiter le sujet de l’appréhension des diversités d’opinion entre cavaliers avec une grande clairvoyance, et j’ai jugé indispensable de le partager.

Article original : Agree to disagree.

Depuis de nombreuses années, je communique mes idées sur le travail du cheval, autant durant des masterclass que sur internet et les médias sociaux. Par conséquent, je suis devenue assez expérimentée en matières de gestion des critiques et des opinions. Ce qui m’a inspirée l’article que voilà.

Les cavaliers ont différentes valeurs, croyances, règles, références et idéaux en matière de travail du cheval, et cela impacte leur parcours et leur perspective sur le sujet, et depuis des siècles, ces différences sont la cause de désaccords, controverses, querelles dans le monde du cheval. Un peu plus loin dans l’article, vous pourrez en lire davantage à propos de ces controverses, mais avant, voyons ce que sont les valeurs, les croyances, les règles, les références et les idéaux :

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Valeurs : la cible de notre vie

Les valeurs, vous les adoptez en grandissant et ce sont vos “cibles” dans la vie. Un exemple pour expliquer cela :

  • Le plus important pour le cavalier A, c’est le succès, et de se sentir important, et ce cavalier veut éviter autant que possible le sentiment d’échec.
  • Le plus important pour le cavalier B, c’est l’amour, c’est de se sentir accepté, et ce cavalier veut éviter à tout prix le sentiment de rejet.

values-300x300Donc le cavalier A place le succès au-dessus de l’amour, et le cavalier B place l’amour au-dessus du succès, et pour le cavalier A, un échec est pire qu’un rejet, et pour le cavalier B, un rejet est pire qu’un échec.  

Le résultat de cette différence de valeur, c’est que le cavalier A pourrait facilement vendre son cheval (s’il ne réussit pas suffisamment avec et échoue trop souvent) et le cavalier B ne vendra jamais son cheval (parce qu’il l’aime énormément et refuse de rejeter le cheval). Un ensemble de valeurs différent mène à des approches différentes.

Si vous souhaitez découvrir ce que sont vos valeurs, posez-vous les questions suivantes :

  • Qu’est-ce vous appréciez le plus dans la vie, quelle est votre valeur #1 ? succès, amour, passion, liberté, intégrité, loyauté, foi, espoir, gratitude, grâce, amélioration, compassion, confiance, fierté, créativité, authenticité, … ? Quel est votre top 5 ?  
  • Qu’est-ce qui est le plus important pour vous de ressentir ? Quelles émotions vous procurent le plus de plaisir ? vous accomplir, vous sentir aimé, libre, en paix, en sécurité, joyeux, heureux, fier, savant, … ? Il s’agit des valeurs vers lesquelles vous tendez.
  • Quelles sont les sentiments que vous feriez tout pour éviter, quelles émotions vous blessent le plus ? Vous sentir en échec, rejeté, en colère, frustré, perdu, humilié, l’ennui, la solitude, vous sentir vulnérable, pas aimé, insignifiant, peu important, ignoré, inapte… ? Ce sont les valeurs que vous fuyez.

Les valeurs vers lesquelles vous tendez et celles que vous fuyez vont influencer votre vision du travail du cheval et quand vous rencontrez des cavaliers avec d’autres valeurs, vous risquez de ne pas être toujours d’accord avec leur approche.

Croyances : la signification de chaque chose

6-9-300x255Une croyance est un sentiment de certitude à propos de quelque chose, et voici quelques exemples de croyances opposées :

  • La croyance qu’il n’est pas éthique de maintenir un cheval en captivité et d’altérer son comportement en le faisant travailler
  • La croyance que travailler les chevaux est amusant et que ce travail stimule le mental et le physique du cheval et enrichit sa vie
  • La croyance qu’il n’y a pas besoin d’être diplômé pour enseigner
  • La croyance qu’il faut impérativement un doctorat pour être autorisé à enseigner
  • La croyance qu’il suffit de feeling, d’intuition, de bon sens et d’art équestre pour être capable de travailler un cheval
  • La croyance qu’il faut utiliser la vérité absolue de la science équine et des lois de l’apprentissage pour être capable de travailler un cheval
  • La croyance que le monde du cheval utilise des concepts scientifiques faux et dépassés sur l’apprentissage
  • La croyance que les chevaux vivent dans une hiérarchie et interagissent dans une logique claire de domination et de subordination
  • La croyance que les chevaux vivent ensemble en partenariat et que les théories de dominance sont dépassées
  • La croyance qu’éduquer un cheval par pression/relâchement de pression est scientifiquement dépassé
  • La croyance qu’il n’y a rien de plus naturel et facile à comprendre pour les chevaux que la pression et le relâchement de cette pression
  • La croyance que le mot punition signifie nuire au cheval dans le pire sens du terme
  • La croyance que le mot punition est seulement un choix de mot pour expliquer un concept scientifique
  • La croyance que l’utilisation d’une cravache conduit automatiquement à forcer un cheval à se soumettre
  • La croyance qu’une aide tactile légère avec un stick en bois est différent d’une pression/relâchement avec une cravache
  • La croyance que le renforcement positif est pareil que la punition positive
  • La croyance que mélanger renforcement et punition conduit à la frustration
  • La croyance que le verre est à moitié plein
  • La croyance que le verre est à moitié vide

what-else-could-this-meanMais donc, que signifie les choses ? Cela dépend d’un cavalier à l’autre, cela dépend de ce qu’ils croient que signifie certains mots, faits, concepts, idées.

Cliquez ICI pour lire l’article de Marijke sur le pouvoir de la signification (en anglais) >>

Si vous voulez découvrir quelles sont vos croyances générales, complétez les phrases suivantes :

  • Les chevaux sont…
  • Les cavaliers sont…
  • Les moniteurs sont…
  • Je suis…
  • Mon cheval est…
  • L’équitation est…
  • Travailler un cheval…
  • L’art équestre est…
  • La science de l’entrainement du cheval est…
  • L’équitation de compétition et les sports équestres sont…
  • L’équitation naturelle est…
  • Le monde équestre est…
  • Utiliser une cravache est…
  • Utiliser des friandises est…
  • Le mot punition signifie…
  • Le mot positif signifie…
  • Le mot dominance signifie…
  • Le mot leader signifie…
  • Le plus important dans le travail d’un cheval c’est…

Vos croyances vont influencer votre vision du travail du cheval et quand vous rencontrerez des cavaliers avec des cavaliers ayant un autre système de croyance et de significations, vous risquez de ne pas toujours tomber d’accord et vous risquez de ressentir le besoin de convaincre ces non-croyants et de leur démontrer qu’ils ont tort.

Les références : formées par les expériences passées

La plupart des croyances et des règles sont fondées sur des généralisations faites à partir de choses qui nous sont arrivées dans le passé :

  • Les expériences douloureuses sont souvent à l’origine de la formation de croyances pessimistes.
  • Les expériences agréables sont souvent à l’origine de la formation de croyances optimistes.

Par exemple :

  • Quand un cavalier est tombé souvent de cheval dans le passé, il peut commencer à croire que les chevaux sont imprévisibles. Si un cavalier a fait de nombreuses chevauchées agréables, ce cavalier peut commencer à penser que les chevaux sont les créatures les plus merveilleuses de la terre.
  • Quand un cavalier a eu quelques moniteurs un peu sévères avec les chevaux, et que les chevaux ont été plus ou moins opprimés, sa croyance peut désormais être que tout type de pression est toujours mauvaise. Mais si un cavalier rencontre des moniteurs maîtrisant l’art du bon timing et du dosage de la pression, et que ses chevaux ont été de fantastiques partenaires, le cavalier a pu développer la croyance que la pression est très utile et précieuse dans le travail du cheval.
  • Alors que le cavalier était encore novice dans le travail du cheval et que son timing et son dosage n’était pas approprié, son cheval a souvent mal compris ses demandes et s’y est opposé, commençant à pousser, tirer, pincer et finalement mordre. Pour résoudre ce problème, le cavalier a développé une stratégie « d’évitement » en n’utilisant plus de pression mais seulement des friandises. Cela a marché : il s’est débarrassé des problèmes et a donc forgé à partir de cette expérience unique sa croyance que la pression est mauvaise et que son approche utilisant un seul concept est la voie juste et la seule possible. Un autre cavalier novice avec le même problème continue sur une autre voie et décide d’affiner et de maîtriser sa technique de pression/relâchement et de développer ses capacités de motivation et de travailler d’autres chevaux, ce qui le conduit à de très beaux résultats. Il a donc pu formé la croyance qu’il est souhaitable d’avoir tous les outils dans la boîte à outils afin de s’ajuster à chaque cheval.

Donc la plupart du temps, votre passé colore vos croyances et parce que chacun trace son propre chemin dans la vie, vous rencontrerez beaucoup de cavaliers avec différentes expériences et références, et des vues et perspectives différentes à propos du travail du cheval.

Et lorsque ces croyances sont profondément enracinées, à cause de ces expériences passées, cela conduit à des opinions fortes.

Les règles : nos « juges et jury »

rulesLes croyances fortes ne sont pas seulement des croyances, ce sont des règles, à propos de :

  • Ce qui est bon et ce qui est mauvais, ce qui est correct et ce qui est faux
  • Ce que nous devrions faire et ce que nous devons faire
  • Ce que les autres devraient faire et ce qu’ils doivent faire
  • Ce qu’il doit se passer afin que nous nous sentions bien

Les règles sont nos « juges & jury« , voici quelques exemples :

  • Un cavalier doit porter un casque, parce que la compagnie d’assurance l’ordonne
  • Un cavalier devrait toujours pouvoir choisir librement de porter ou non un casque
  • Utiliser la pression sur un cheval est mauvais et dépassé
  • Utiliser la pression est bien et naturel
  • Quand une approche du travail est prouvé scientifiquement, alors celle-ci est correcte
  • L’approche de travail habituelle dans n’importe quelle discipline est mauvaise
  • Il faut utiliser des équipements de pointe pour mesurer le fitting d’une selle
  • Les seules choses sur lesquels vous pouvez compter à 100% sont vos sens, votre intuition, et votre bon sens
  • Tous les cavaliers doivent voir, entendre, être d’accord et reconnaître que ma voie est la seule et unique voie véritable
  • Ce que les autres cavaliers pensent de ma voie n’est pas mon problème

Souvent les cavaliers jugent les autres à travers leur propre jeu de règles. Et certains cavaliers deviennent très émotifs quand leurs règles sont violées, et en conséquence, ils commencent à prêcher leur vérité absolue, parfois où qu’ils puissent (dans d’autres écuries, sur des forums, pages, groupes) et s’ils ne se sentent pas suffisamment vu et entendu, ils peuvent même commencer à condamner, traiter avec condescendance et ridiculiser les « non-croyants ».

Cliquez ICI pour lire l’article de Marijke sur l’Influence des règles (en anglais) >>

Les cavaliers ont des règles différents à propos des casques, des cravaches, des friandises, des approches, des techniques, etc. Et tous les cavaliers pensent que leurs règles sont les vraies règles, et qu’il n’y a qu’une seule voie possible et que c’est la leur. Ils disent, par exemple : « Si tu aimes vraiment ton cheval, tu ne devrais jamais faire… » de manière à paraître plus empathique et gentil que les autres.

Mais les règles sont faites pour être brisées – et c’est exactement ce que font les autres cavaliers, ils brisent les règles des autres. Par conséquent, vous pourriez vous énerver quand quelqu’un viole votre règle, mais il ne s’agit que d’une « gêne de règle« , rien de personnel. Cependant, cela peut déclencher une réaction très émotionnelle, parce que cela affecte vos valeurs. 

Les règles sont une manière d’atteindre la cible

targetAvec vos règles, vous pouvez atteindre votre cible, votre valeur #1, parce que les règles déterminent ce qui doit vous arriver afin que vous vous sentiez aimé, en sécurité, important, accompli, libre, reconnaissant, heureux, ou quelle que soit la valeur #1 vers laquelle vous tendez. Maintenant vous pouvez avoir des règles faciles à suivre pour atteindre votre cible, mais vous pouvez aussi avoir des règles qui ne vous rendent pas les choses si faciles.

Par exemple, prenons un cavalier ayant les règles suivantes pour se sentir accompli :

  1. Je dois être reconnu comme étant le meilleur par les autres cavaliers
  2. Je ne dois jamais échouer
  3. Tout le monde doit m’apprécier et être d’accord avec moi
  4. Mon cheval doit être capable d’exécuter les exercices les plus difficiles
  5. Mon approche doit être reconnue comme la meilleure

Donc quand ces règles sont satisfaites, il se sentira accompli.

Mais un autre cavalier a une règle toute simple :

  1. Chaque jour sur terre est un jour réussi !

Donc, pour quel cavalier sera-t-il le plus facile de se sentir accompli ?

Si vous voulez comprendre quelles sont les règles que vous avez pour atteindre votre cible, posez-vous les questions suivantes :

  • Que doit-il se passer pour que que vous ressentiez… insérez la valeur #1 vers laquelle vous tendez (par exemple aimé, libre, reconnaissant, important, fier, créatif, authentique)
  • Que doit-il se passer pour que vous ressentiez… insérez la valeur #1 que vous fuyez (par exemple mal aimé, rejeté, fâché, frustré, esseulé, insignifiant, ignoré, inférieur, …)

Ensuite, la bonne nouvelle c’est que nous pouvons changer nos règles quand elles deviennent trop déraisonnables ou quand elles rendent difficiles nos relations avec les autres cavaliers (ou même notre cheval). Nous pouvons toujours re-dessiner nos croyances et règles de façon à ce qu’il nous soit facile de nous sentir bien et difficile de nous sentir mal.

Cliquez ICI pour lire l’article de Marijke sur l’Influence des règles (en anglais) >>

Quel est votre idéal ?

Un autre facteur important qui influence votre choix sur la direction que vous souhaitez faire prendre à votre parcours d’homme de cheval sont les rêves, désirs, buts et idéaux que vous avez.

  • Est-ce que la vie idéale avec votre cheval est d’avoir un cheval sain, heureux avec lequel vous pouvez partir en randonnée ?
  • Ou voudriez-vous être capable de sauter 1,60m ?
  • Ou atteindre les sommets en compétition ?
  • Ou est-ce que votre idéal est d’être capable de travailler avec plusieurs chevaux en même temps en liberté ?
  • Est-ce que votre idéal est d’avoir un piaffé parfaitement sur place sans aucun mouvement en avant ?
  • Ou devrait-il être exécuté avec un léger mouvement en avant ?
  • Est-ce que les antérieurs devraient être parfaitement verticaux dans le piaffer et le nez légèrement en avant de la verticale ?
  • Ou bien est-ce que votre idéal est un cheval avec le nez légèrement en deçà de la verticale ?
  • Est-ce que votre idéal est de vous en tenir à une méthode ?
  • Ou bien est-ce que vous souhaitez un mix de méthodes afin de tirer le meilleur de chacune ?
  • Quels sont vos buts, rêves, désirs et idéaux ?

Depuis des siècles les cavaliers divergent dans leurs idéaux et la manière d’y parvenir, ce qui cause des désaccords et des controverses. Mais plusieurs chemins mènent à Rome et tout le monde n’a pas Rome comme idéal ; certains veulent arriver à Paris, Londres ou New York.

Le seul dénominateur commun de chaque « chemin » est que chaque méthode a ses propres idéaux. Plusieurs années auparavant, Dr. Filipe Figueiredo Graciosa, directeur de l’Ecole d’Equitation Portugaise a dit à propos des idéaux :

« D’un point de vue artistique, la différence entre l’équitation classique et le dressage de sport est la même que le ballet et la gymnastique : les deux sont beaux et bons, ils se ressemblent, mais ne sont pas identiques. »

Mais de nos jours, les cavaliers de sport se disputent toujours avec les cavaliers classiques à propos de ce qui est « correct » et ce qui est « faux ».

A l’intérieur même des écoles classiques, il a différentes écoles, où par exemple l’Ecole de Légèreté diffèrent autant de l’Academic Art of Riding que de l’Ecole Espagnole.

On retrouve la même chose dans la musique classique : il y a la musique baroque de Vivaldi et Bach, la musique classique de Mozart, Beethoven et Brahms, la musique romantique de Chopin, Lizt et Strauss, et la musique nationaliste de Tchaikovsky et Dovrak. Ce sont tous des courants de musiques classiques, mais avec différentes « saveurs » et « couleurs » et idéaux.  Le contexte des compositeurs et leur approche différaient : Beethoven n’était pas aussi talentueux que Mozart enfant ; Vivaldi a commencé à jour de la musique dans une église, Brahms dans des bars et des bordels; Handel était très doué avec un orgue, mais Lizt était un des pianistes les plus talentueux du monde et était si grandiose durant ses concerts qu’il demandait à ce qu’un second piano soit installé sur scène au cas où il casserait le premier en jouant.

Revenons au monde du cheval, où les cavaliers islandais ne se disputeraient jamais avec un cavalier d’obstacle sur la manière de travailler un cheval, car ils savent à quel point leurs idéaux, vues, croyances, règles et perspectives divergent. Cependant, plus les disciplines se rapprochent, plus les gens ont tendance à développer le besoin de convaincre leur prochain de ce qui est le « correct » et le « mauvais » idéal et les « juste » et « fausse » façon d’y parvenir.

L’histoire ne change jamais ?

Les fâcheries au sujet des valeurs-croyances-règles-idéaux remontent à longtemps : depuis des temps immémoriaux, les maîtres de l’équitation sont des champions dans leur approche et nombreux sont ceux qui sont en désaccord ouverts avec les d’autres grands maîtres et d’autres approches :

Durant la Renaissance, Antoine de Pluvinel était en désaccord avec Frederic Grisone, et chacun était directeur d’une académie d’équitation.

A la période Baroque, François Robichon de La Guérinière, qui préconisait sa règles « Penser d’abord, agir ensuite », a écrit à propos de la violation de cette règle dans son ouvrage :

« La pratique, dépourvue de vraies principes, n’est autre chose qu’une routine, dont tout le fruit est une exécution forcée et incertaine, et un faux brillant qui éblouit les demi-connaisseurs, surpris souvent par la gentillesse du cheval plutôt que par le mérite de celui qui le monte. »

Pendant l’ère classique Gustav Steinbrech et François Baucher étaient « rivaux » autant que Mozart était le rival de Salieri. A la fin de beaucoup de chapitre du livre de Steinbrech « Le gymnase du cheval », il a expliqué à quel point il est en complet désaccord avec l’approche de Baucher.

Steinbrecht était aussi opposé à quiconque recherchait une solution rapide. Il écrit dans son livre :

« Tant que le cheval est fait de chair et de sang, comme avec la ‘Pierre philosophale », les gens chercheront en vain un outil pour rendre les exercices gymnastiques redondant. »

Au 20ème siècle, les grands maîtres Egon von Neindorf et Nuno Oliveira étaient également rivaux. Ils avaient tout deux un cheval provenant de la même lignée, mais n’étaient pas d’accord avec l’approche de l’autre.

A travers les siècles, il y a donc eu des désaccord à propos de valeurs, croyances, règles et comment atteindre un idéal, et non seulement dans le monde du cheval mais aussi dans de nombreuses autres industries.

  • Dans la musique, le composeur Baroque Handel et son Académie Royale de la Musique était extrêmement populaire, mais Handel a dû faire face à beaucoup d’envieux et rivaux, qui ont mis son académie hors-jeu et l’ont conduit à la faillite deux fois. Mais même à l’intérieur d’un style, les rivalités existent : la querelle des Beatles est un exemple. John Lennon et Paul McCartney se critiquaient mutuellement ouvertement et ont eu de nombreuses disputes. Cela a été l’une des nombreuses raisons qui ont mis un terme au groupe.
  • Et il y aura toujours des querelles de ballet : le ballet Royal vs le Ballet National d’Angleterre,Boshoi à Moscou vs Mariinsky à Saint-Petersboug, le ballet de Stuttgart vs le ballet de Hamburg, etc. occasionnant de nombreuses « guerres » de réseaux sociaux
  • Dans le monde des canidés, il y a des controverses entre les pratiquants du R+ et « l’homme qui parle aux chiens » Cesar Millan, qui utilise également P+
  • De nombreux vétérinaires modernes combattent les méthodes de traitement « dépassées » du vétérinaire de la télévision Dr Pol.
  • Dans l’industrie du fitness, c’est Crossfit vs Bodybuilding, Pilates vs Yoga, techniques Alexander vs Feldenkrais.

Il n’y a donc pas que le monde du cheval qui fait face à des controverses ! Et par ailleurs, ce phénomène intervient au sein de chaque discipline équestre : le monde du dressage de sport, le monde de l’équitation naturelle, le monde de l’équitation classique, le monde de l’équitation western. Dans chaque école ou méthode, les cavaliers s’expriment au sujet de leur voie, suivent leurs règles, en se basant sur des recherches scientifiques et leur propre expérience.

right-over-kind-300x176Jusqu’à ce que les « camps » acceptent de ne pas être d’accord, les batailles valeurs-croyances-règles-idéaux continueront d’apparaître et les « croyants » et « dévôts » continueront de lancer des discussions sans fin sur internet à propos de qui a « raison » et qui a « tort », discussions dans lesquelles certains préféreront avoir « raison » plutôt que d’être content. Le plus intelligent est sans doute d’accepter de ne pas être d’accord, parce qu’il est plus coûteux de se disputer plutôt que se résigner au fait que l’histoire se répète. Pourtant, de nombreuses personnes utilisent tout leur temps et leur énergie sur les médias sociaux, et tout particulièrement sur les comptes et timelines d’autres personnes, juste pour obtenir une certaine reconnaissance de la part d’autres lecteurs ou de collectionner autant de « likes » que possible, ce qui prouverait qu’ils ont raison.

Acceptons de ne pas être d’accord

Quoi que vous fassiez, vous mettez toujours vos propres valeurs, croyances, règles, références et aussi vos expectations et idéaux sur la table. Et la bonne nouvelle, c’est que quand vous connaissez vos valeurs, croyances, règles et rêves et désirs, vous pouvez choisir une approche dans le travail des chevaux qui vous convient le mieux, à vous comme à votre cheval, et faire un choix sur la direction à prendre pour votre parcours d’homme de cheval.

Et ce qui est génial, c’est que vous avez toutes ces options et que vous pouvez rester ouvert à apprendre de ceux qui obtiennent de beaux résultats avec les ambassadeurs de leur approche : leurs propres chevaux ! Ce qui est aussi fabuleux, c’est que chaque méthode et chaque grand maître a quelque chose à vous apporter et que vous pouvez toujours apprendre de ceux que vous n’admirez pas forcément, même si cela signifie que vous apprenez quelque chose « à ne pas faire ».

Et si vous décidez de ne pas suivre leur voie, vous pouvez accepter de ne pas être d’accord, mais faire malgré tout preuve mutuellement de respect, au moins en l’honneur de leur chevaux.

agree-to-disagree-300x287Comme il n’y a pas deux dresseurs identiques, ce serait un gaspillage d’énergie que chacun essaye de convaincre l’autre d’une seule et unique vérité. Suivez votre propre voie, et utilisez la puissance d’internet, qui est un endroit fantastique pour prendre contact avec des cavaliers dans le même état d’esprit. Donc, lancez un site, une chaîne Youtube, créez une page Facebook ou rejoignez une page existante, pour partager vos idées, photos, vidéos et pour discuter de choses avec les « croyants ».

Mais n’utilisez pas les sites d’autres personnes, comptes, pages et groupes pour proclamer votre « gospel » et pour gagner des âmes en persuadant les autres de la « seule et unique voie… votre voie ». Evitez les discussions futiles et sans fin sur les timelines des autres à propos de « la vérité absolue » et arrêtez de prêcher sur les plateformes des autres. (Et si vous pensez vraiment que des chevaux sont maltraités quelque part, arrêtez de parler, arrêtez de juger, arrêtez d’être émotifs et agissez. Appelez un organisme de protection animale, lancez une pétition, mettez-vous au travail.)

Avec la diversité des valeurs, croyances, règles et idéaux qui existent dans le monde du cheval, il est bien plus productif d’arrêtez de parler et de commencer à agir et à partager le fruit de vos recherches et de votre travail sur vos propres espaces, de devenir le changement que vous souhaitez voir. Les actions parlent plus forts que les mots !

Merci d'avoir lu cet article 🙂

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14 commentaires

  1. Je pensais pas qu’après lecture de cet article j’allais en apprendre plus sur moi-même. Je me rends compte que mon côté idéaliste transparaît, que je recherche constamment la façon la plus juste et la plus saine pour travailler un cheval et pour cause je ne suis toujours pas satisfaite de moi-même. Mais je continue c’est ça la passion !

    • Je vois ce que tu veux dire je pense… On travaille et on étudie pour réussir à comprendre comment travailler au mieux le cheval, et c’est parfois difficile de distinguer ce qui est mieux de ce qui n’est pas top, ou de comprendre pourquoi ce que tout le monde dénigre est effectivement à bannir.
      Moi, il m’a fait un choc parce que je me suis longtemps penché sur les controverses et les disciplines en essayant de chercher à distinguer le bon grain de l’ivraie. J’avais du mal à admettre qu’il y ait plusieurs « vérités ». En fin de compte, maintenant, je crois que j’ai accepté l’idée qu’il peut y avoir du bon et du mauvais dans toutes les approches… Et qu’il faut continuer à creuser le sujet sans juger sans cesse ^^

  2. Passionnant ! Merci du partage 🙂

    Il faudrait que je prenne le temps un jour de me poser toutes ces questions afin de déterminer quelle cavalière je suis… Mais le plus intéressant est que l’on peut l’appliquer à notre personnalité tout court, à notre vie de tous les jours, pour mieux se connaitre et se définir ! Tout cela ne se limite pas au monde équestre.

    Bref, c’est un très bon texte qui tient limite du développement personnel 🙂

    • De rien 🙂

      Oui, tu as raison, je suis aussi convaincue que progresser en tant que cavalier/homme de cheval, ça tient beaucoup d’une démarche de développement personnel. Mais en fait, c’est le cas pour beaucoup de domaines où on cherche à devenir un « meilleur soi-même ».

  3. L’article résume bien, le phénomène, même pour l’éducation des enfants, il y a plein de divergence. Je suis clairement de type B. J’assume, j’ai toute ma vie pour devenir une virtuose de l’équitation. … Et peut-être, je ne le serais jamais. J’étudie le plus possible toute les méthodes, je garde ce que je considère le plus juste et ou je l’adapte. Je sais que je ne pourrais jamais plaire à tout le monde. … Si c’était un concours de «likes» je suis franchement perdante depuis longtemps. … Mais ça ne m’empêche pas de parler, si ça peut justement mener le débat et la réflexion plus loin.

    • Bonjour France, très bel état d’esprit 🙂 c’est sans doute le meilleur moyen d’atteindre cet objectif ambitieux tout en se rendant le chemin agréable en appréciant chaque pas. N’hésitez pas à venir enrichir le débat par ici !

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